Les Trois Portes de la Sagesse

Laurence Baïdemir/ décembre 4, 2017

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Les Trois Portes de la Sagesse

Image crédit : Pixabay

Un Roi avait pour fils unique un jeune Prince courageux, habile et intelligent. Pour parfaire son apprentissage de la Vie, il l’envoya auprès d’un Vieux Sage.

– Éclaire-moi sur le Chemin de la Vie, demanda le Prince.

– Mes paroles s’évanouiront comme les traces de tes pas dans le sable, répondit le Sage. Cependant je veux bien te donner quelques indications. Sur ta route, tu trouveras trois portes. Lis les préceptes inscrits sur chacune d’elles. Un besoin irrésistible te poussera à les suivre. Ne cherche pas à t’en détourner, car tu serais condamné à revivre sans cesse ce que tu aurais fui. Je ne puis t’en dire plus. Tu dois éprouver tout cela dans ton coeur et dans ta chair. Va, maintenant. Suis cette route, droit devant toi.

Le Vieux Sage disparut et le Prince s’engagea sur le Chemin de la Vie. Il se trouva bientôt face à une grande porte sur laquelle on pouvait lire:

                                                 “Change le Monde.”

C’était bien là mon intention, pensa le Prince, car si certaines choses me plaisent dans ce monde, d’autres ne me conviennent pas.

Et il entama son premier combat. Son idéal, sa fougue et sa vigueur le poussèrent à se confronter au monde, à entreprendre, à conquérir, à modeler la réalité selon son désir. Il y trouva le plaisir et l’ivresse du conquérant, mais pas l’apaisement du coeur. Il réussit à changer certaines choses, mais beaucoup d’autres lui résistèrent.

Bien des années passèrent. Un jour, il rencontra le Vieux Sage qui lui demanda:

– Qu’as-tu appris sur le chemin ?

– J’ai appris, répondit le Prince, à discerner ce qui est en mon pouvoir et ce qui m’échappe, ce qui dépend de moi et ce qui n’en dépend pas.

– C’est bien, dit le Vieil Homme. Utilise tes forces pour agir sur ce qui est en ton pouvoir. Oublie ce qui échappe à ton emprise. Et il disparut.

Peu après, le Prince se trouva face à une seconde porte. On pouvait y lire:

                                                 “Change les Autres.”

C’était bien là mon intention, pensa-t-il . Les autres sont source de plaisir, de joie et de satisfaction mais aussi de douleur, d’amertume et de frustration.

Et il s’insurgea contre tout ce qui pouvait le déranger ou lui déplaire chez ses semblables. Il chercha à infléchir leur caractère et à extirper leurs défauts. Ce fut là son deuxième combat. Bien des années passèrent.

Un jour, alors qu’il méditait sur l’inutilité de ses tentatives de vouloir changer les autres, il croisa le Vieux Sage qui lui demanda:

– Qu’as-tu appris sur le chemin ?

– J’ai appris, répondit le Prince, que les autres ne sont pas la cause ou la source de mes joies et de mes peines, de mes satisfactions et de mes déboires. Ils n’en sont que le révélateur ou l’occasion. C’est en moi que prennent racine toutes ces choses.

– Tu as raison, dit le Sage. Par ce qu’ils réveillent en toi, les autres te révèlent à toi-même. Sois reconnaissant envers ceux qui font vibrer en toi joie et plaisir. Mais sois-le aussi envers ceux qui font naître en toi souffrance ou frustration, car à travers eux la Vie t’enseigne ce qui te reste à apprendre et le chemin que tu dois encore parcourir.

Et le Vieil Homme disparut. Peu après, le Prince arriva devant une porte où figuraient ces mots

                                                    ”Change-toi toi-même.”

Si je suis moi-même la cause de mes problèmes, c’est bien ce qui me reste à faire, se dit-il. Et il entama son troisième combat. Il chercha à infléchir son caractère, à combattre ses imperfections, à supprimer ses défauts, à changer tout ce qui ne lui plaisait pas en lui, tout ce qui ne correspondait pas à son idéal.

Après bien des années de ce combat où il connut quelque succès mais aussi des échecs et des résistances, le Prince rencontra le Sage qui lui demanda:

– Qu’as-tu appris sur le chemin ?

– J’ai appris, répondit le Prince, qu’il y a en nous des choses qu’on peut améliorer, d’autres qui nous résistent et qu’on n’arrive pas à briser.

C’est bien, dit le Sage.

Oui, poursuivit le Prince, mais je commence à être las de me battre contre tout, contre tous, contre moi-même. Cela ne finira-t-il jamais ? Quand trouverai-je le repos ? J’ai envie de cesser le combat, de renoncer, de tout abandonner, de lâcher prise.

– C’est justement ton prochain apprentissage, dit le Vieux Sage. Mais avant d’aller plus loin, retourne-toi et contemple le chemin parcouru. Et il disparut.

Regardant en arrière, le Prince vit dans le lointain la troisième porte et s’aperçut qu’elle portait sur sa face arrière une inscription qui disait:

                                                  “Accepte-toi toi-même.”

Le Prince s’étonna de ne point avoir vu cette inscription lorsqu’il avait franchi la porte la première fois, dans l’autre sens.
Quand on combat, on devient aveugle se dit-il.

Il vit aussi, gisant sur le sol, éparpillé autour de lui, tout ce qu’il avait rejeté et combattu en lui: ses défauts, ses ombres, ses peurs, ses limites, tous ses vieux démons. Il apprit alors à les reconnaître, à les accepter, à les aimer. Il apprit à s’aimer lui-même sans plus se comparer, se juger, se blâmer.

Il rencontra le Vieux Sage qui lui demanda:

Qu’as-tu appris sur le chemin ?

J’ai appris, répondit le Prince, que détester ou refuser une partie de moi, c’est me condamner à ne jamais être en accord avec moi-même. J’ai appris à m’accepter moi-même, totalement, inconditionnellement.

– C’est bien, dit le Vieil Homme, c’est la première Sagesse. Maintenant tu peux repasser la troisième porte.

À peine arrivé de l’autre côté, le Prince aperçut au loin la face arrière de la seconde porte et y lut:

                                                   “Accepte les Autres.”

Tout autour de lui il reconnut les personnes qu’il avait côtoyées dans sa vie. Celles qu’il avait aimées et celles qu’il avait détestées. Celles qu’il avait soutenues et celles qu’il avait combattues. Mais à sa grande surprise, il était maintenant incapable de voir leurs imperfections, leurs défauts, ce qui autrefois l’avait tellement gêné et contre quoi il s’était battu.

Il rencontra à nouveau le Vieux Sage.

Qu’as-tu appris sur le chemin ? demanda ce dernier.

J’ai appris, répondit le Prince, qu’en étant en accord avec moi-même, je n’avais plus rien à reprocher aux autres, plus rien à craindre d’eux. J’ai appris à accepter et à aimer les autres totalement, inconditionnellement.

C’est bien, dit le Vieux Sage. C’est la seconde Sagesse. Tu peux franchir à nouveau la deuxième porte. Arrivé de l’autre côté, le Prince aperçut la face arrière de la première porte et y lut:

                                                    “Accepte le Monde.“

Curieux, se dit-il, que je n’aie pas vu cette inscription la première fois.

Il regarda autour de lui et reconnut ce monde qu’il avait cherché à conquérir, à transformer, à changer. Il fut frappé par l’éclat et la beauté de toute chose. Par leur Perfection. C’était pourtant le même monde qu’autrefois. Était-ce le monde qui avait changé ou son regard ?

Il croisa le Vieux Sage qui lui demanda:

– Qu’as-tu appris sur le chemin ?

– J’ai appris, dit le Prince, que le monde est le miroir de mon âme. Que mon âme ne voit pas le monde, elle se voit dans le monde. Quand elle est enjouée, le monde lui semble gai. Quand elle est accablée, le monde lui semble triste. Le monde, lui, n’est ni triste ni gai. Il est là, il existe, c’est tout. Ce n’était pas le monde qui me troublait, mais l’idée que je m’en faisais. J’ai appris à l’accepter sans le juger, totalement, inconditionnellement.

C’est la troisième Sagesse, dit le Vieil Homme. Te voilà à présent en accord avec toi-même, avec les autres et avec le Monde.

Un profond sentiment de Paix, de Sérénité, de Plénitude envahit le Prince. Le Silence l’habita.

Tu es prêt, maintenant, à franchir le Dernier Seuil, dit le Vieux Sage, celui du passage du Silence de la Plénitude à la Plénitude du Silence.

Et le Vieil Homme disparut.

Charles Brulhart   /  Décembre 1995

Vous pouvez utiliser librement ce document à condition de ne pas le modifier et de mentionner sa source: www.metafora.ch, ainsi que le nom de son auteur:  Charles Brulhart.

Ce conte porte à merveille mes convictions personnelles à tel point que j’ai ressenti le besoin de m’effacer derrière lui pour exprimer ce qui me tient à coeur.

Pourquoi ne pas s’appuyer sur la parole de l’Autre quand celle-ci « transmet » de façon si judicieuse?

Là, je me reconnais dans le personnage de ce jeune homme en éveil et en quête d’être.

Je sens, aussi, en moi, l’âme de ce roi, qui sait que son fils a besoin de sa permission pour s’en remettre à ce vieux sage et qui lui donne cet encouragement si précieux.
N’avait-il pas, lui-même, la compétence pour guider ce jeune mâle en devenir?
Ah coup sûr, il l’avait. Serait-il roi, sans cela?
Mais il sait que ce n’est pas sa place, que ce n’est plus son rôle.
Il a conscience que son fils n’est plus son enfant mais un adulte.
Il l’invite, de ce fait, à se tourner vers les ressources que la Vie met à sa disposition, ressources qui vont s’avérer tellement respectueuses de sa liberté et de son autonomie.
L’autonomie, n’est-ce pas l’art d’être libre?
N’est-ce pas la compétence d’être « moi-même », « moi-même » à la verticale de mon « Désir », de mon « En Vie » et de ma « Lecture de la Vie » tout en étant en « Lien », ce lien qui « relie »?
Tel le thérapeute qui accompagne ceux qui lui font confiance en s’appuyant sur sa capacité de mettre en oeuvre sa liberté personnelle dans le respect des règles déontologiques et en lien tant avec sa propre expérience thérapeutique qu’avec son superviseur.
Comment pourrait-il amener qui que ce soit vers l’expérience de l’autonomie et de la liberté intérieure s’il ne s’y prenait pas ainsi?
N’est-ce pas, là, la différence entre l’indépendance et l’autonomie?
L’indépendance laisse celui qui s’y installe dans l’isolement et donc dans la toute puissance/impuissance, L’autonomie, quant à elle, ouvre l’espace de la fécondité et du mouvement.

J’aspire, enfin, à la plénitude de ce vieux Sage.
« Vieux », cela ne devrait pas être trop difficile, même si le mot me fait peur et me dérange (un peu de colère, Marco?), car, vu mon âge, (je viens de franchir le cap impressionnant des 70 ans), je ne pense pas avoir trop de mal sur ce plan, encore faut-il s’y faire et « accepter ».
Mais « Sage » … oh la la, là, il reste du chemin …
Quand saurai-je dire à ceux qui viennent me demander, dans mon cabinet de thérapeute de les « éclairer sur le Sentier de la Vie » : « si je te parle, à partir de ce que je sais, mes paroles s’évanouiront comme les traces de tes pas dans le sable »?
Ma seule sagesse aujourd’hui, c’est de reconnaître que je n’en suis pas encore là. C’est déjà ça …
Qu’il est avisé ce Sage très sage d’une telle humilité et d’une telle clairvoyance qui, par ailleurs, ne l’enferme pas dans l’impuissance !
J’envie, Maître – vous qui êtes celui qui enseigne – votre capacité de mesure et de discrétion.
Quand serai-je capable de rester, comme vous, juste à ma place sans empiéter sur l’expérience de celui qui m’interpelle dans ma compétence et dans mon être?
Quand réussirai-je à m’effacer comme vous, chaque fois que vous avez permis au jeune Prince d’exprimer sa juste compréhension de l’expérience qu’il a faite, par ses propres moyens, de la leçon de la Vie?
Et ceci, sans vous lasser de réapparaître à l’étape suivante pour permettre au jeune conquérant de « nommer » ce qu’il tire de son épreuve en lui offrant cette question si simple, si belle et si contenante :

« Qu’as-tu appris sur le chemin?

Cette question ne pourrait-il pas se la poser lui-même, à force de l’entendre ? …
Non, ce qui lui permet d’avancer de porte en porte, c’est que c’est vous, un « autre », un « père », un « Sage » qui lui pose?
Voilà, encore, une remarquable distinction entre l’indépendance stérile et l’autonomie fécondante.
Merci, vieux Sage, moi aussi, je me nourris de votre sagesse qui rime si bien, chez vous, avec délicatesse.

Reste le plus merveilleux à vous offrir : je viens de découvrir l’auteur de ce conte : Charles Brulhart,

Comme bien d’autres, en découvrant ce texte « au hasard » de mes pérégrinations sur Internet (au fait, je ne crois pas au hasard sauf dans les jeux de dé …), … j’ai pensé que c’était un vieux texte d’auteur inconnu … voire un vieux conte indien, chinois ou toltèque ou … et je me le suis octroyé sans vergogne.
Mais l’un de mes proches, Alexandre, nourri au désir de justesse, m’a informé que ce texte qu’il découvrait dans mon site était l’oeuvre de Charles Brulhart.
Charles est un psychothérapeute avisé qui a choisi de témoigner par la métaphore, à tel point qu’il a développé un site que je vous recommande chaleureusement : www.metafora.ch.
Tout d’abord, merci à toi, Alexandre. Tu m’as ouvert, toi aussi, une porte, celle de la rencontre pour l’instant épistolaire avec Charles et je pressens qu’elle sera féconde, un maillon de choix sur mon chemin.
Oui, dès l’information reçue, j’ai pris contact avec Charles et je l’ai félicité chaleureusement pour son oeuvre si précieuse. Quelle récompense de se faire « piller » ainsi d’un tel morceau de choix au point de se faire prendre pour « un auteur inconnu ». Charles, ne serait-ce pas toi ce vieux Sage si avisé?
Charles m’a donné, à ma demande, la permission de garder son oeuvre sur mon site et nous avons choisi de mettre nos sites en lien l’un avec l’autre.
Je suis vraiment très touché de proposer ce formidable texte en connaissance et en reconnaissance de son auteur. C’est là une telle illustration de ce que j’appelle le « Lien ».
Ceci étant, je me sens émerveillé, bouleversé d’émotion (je la ressens là en écrivant) de ce premier pas dans l’élaboration de ce site que j’ai créé sans savoir où cela me mènerait, de cet inattendu qui raconte tant le processus dont je veux témoigner.
Je n’avais pas besoin de cela pour me sentir « enthousiaste »,
mais, une nouvelle fois, je me trouve époustouflé par la force du cadeau, le cadeau de la Vie.
Merci, Alexandre,
Merci, merci beaucoup Charles.

Marc J. Minguet

Source : //www.laforcedelaparole.com/

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