Comme tout le monde. Je fais ce que je peux.

Laurence Baïdemir/ septembre 8, 2017

Comme tout le monde.

Je fais ce que je peux. Avec mes silences et le reste.

Avec mes peurs de bête. Avec mes cris d’enfant qui ne débordent plus. Je fais ce que je peux. Dans ce petit bain de cruauté et de lumière. Dans les éclats de sucre et de mensonge. Dans la délicatesse. Dans la violence du temps qui piétine nos rêves. Dans nos petits pataugements précieux. Un matin après l’autre. Un oubli après l’autre. Un mot sur le suivant. Je fais comme tout le monde. Avec le ciel et sans les dieux.

2 ème extrait :

« Des fois je me perds. Entre aujourd’hui et hier. Entre un petit peu et pas grand-chose. Y’a plus endurant comme caillou. Je m’égare dans le grand rien des jours vendus. Dans l’épuisement et la colère. Entre l’ennui et les ennuis. Dernières forces les bras dans le vide. Des coups pour rien. Des balles perdues. Les bêtes blessées n’entendent plus. Les bêtes blessées sont seules dans leurs douleurs et les douleurs qu’elles font aux autres ont un goût de peine perdue. C’est jamais les méchants qui prennent. Le courant va plus fort que nous. La mascarade a des angles pointus. Les loups ont faim comme des nouveaux-nés. Parfois on se réveille à genoux. Le temps rit avec méchanceté et je suis con comme une bûche. Heureusement les bûches ça flotte. Alors, s’il vous plaît, aggripez-vous ».

3 ème extrait :

Les perles noires

On porte, quelque part, à l’intérieur de soi, ce que la vie nous a pris. On porte cette absence. Le poids, l’empreinte, le relief, du mal que l’on nous fit. Il est là le bagage. Dans ce qui manque. Dans ce qui est fini. Toutes les bêtes de notre espèce portent leur collier de perles noires. Un sac de pierres vides sur les lombaires.

4 ème extrait :

On a les merveilles qu’on mérite

Était-ce que la dégringolade dégringolait trop vite ou au contraire que plus rien ne dégringolait du tout du tout, toujours est-il que ce matin-là personne ne se soucia outre mesure de voir débarquer une linotte mélodieuse accompagnée d’un sizerin flammé et d’un pouillot véloce sur les pas desquels un traquet motteux ainsi qu’un hypolaïs polyglotte s’activaient déjà de leur démarches de brindilles. Non personne ne s’en soucia outre mesure et le vieux chat boiteux du quartier n’eut guère de mal à déglutir ce petit miracle.

Thomas Vinau

Résumé :
Une chronique du temps qui passe exprimant les aléas du quotidien laborieux et les petits bonheurs rares qui s’y insèrent.
Le récit évoque l’importance de choses paraissant insignifiantes, survenant à l’improviste, et pouvant bouleverser l’équilibre.

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