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Kengyu et Orihimé

Il était une fois un endroit qu’on appelait la voie lactée.

La voie lactée séparait le monde en deux : d’un côté vivaient les hommes, de l’autre côté vivaient les dieux. A l’ouest, le monde des hommes; à l’est, le monde des dieux. Il n’y avait pas d´échanges entre les deux. 

A l’est vivait un beau jeune homme appelé Kengyu. Il était vacher et passait son temps auprès de ses vaches. A l’ouest, dans le monde des dieux, vivaient des soeurs d’une grande beauté. Ces princesses tissaient toutes des étoffes superbes, mais celles de la plus jeune des soeurs, Orihimé, étaient d’une splendeur dépassant toute imagination. Kengyu et Orihimé vivaient ainsi de chaque côté de la vaste voie lactée. 

Un jour où Kengyu promenait ses vaches, il traversa la voie lactée sans s’en rendre compte, et se retrouva de l’autre côté, à l’est. Au même moment, les princesses s’apprêtaient à se baigner dans la rivière; elles enlevèrent leur somptueux kimonos et entrèrent dans l’eau. Kengyu, ignorant qu’elles étaient des déesses, regarda les princesses prendre leur bain. Elles étaient toutes d’une grande beauté, mais le coeur de Kengyu fut chaviré par la plus jeune d’entre elles. Kengyu tomba amoureux de Orihimé au premier regard. Une des vaches, qui observait Kengyu, lui murmura : 

« Kengyu, dérobe le kimono de cette jeune beauté! » 

Kengyu obéit à la vache; il décrocha prestement le kimono de la branche à laquelle il était accroché et alla se cacher derrière un rocher. Les princesses ayant fini leur bain sortirent de la rivière et revêtirent leurs kimonos; mais seule la plus jeune des soeurs ne trouvait pas le sien. Elle dit à ses soeurs qui rentraient : 

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« Je vous rejoins dans un instant. » 

Mais sans kimono, elle ne pouvait pas voler et resta donc là, toute nue et tremblante. 

Elle entendit alors une voix, derrière elle : 

« C’est moi qui ai pris ton kimono… En échange, j’ai une faveur à te demander. » 

Orihimé se retourna et vit un jeune homme, qui lui tournait le dos. 

« Epouse-moi. », lui dit-il. 

« Je dois rentrer chez moi, de l’autre côté de la voie lactée. », répondit Orihimé. 

Le jeune homme se tourna vers la princesse qui se tenait cachée derrière une roche. 

« Epouse-moi. », dit-il encore une fois. 

Orihimé, examinant Kengyu, sentit son coeur s’émouvoir. Il avait fière allure, et un si beau regard. Elle décida d’accèder à sa demande et de devenir sa femme. Mais elle pensa également, en elle-même :

« Une fois qu’il m’aura rendu mon kimono… » 

Les années passèrent et Orihimé et Kengyu eurent deux enfants, une fille et un garçon.

Orihimé ne rentra pas même une seule fois chez elle, à l’est de la voie lactée, chez les dieux. Ils vivaient heureux ensemble, avec leurs enfants. 

Cependant, un jour la déesse du mont Konron apprit que Orihimé vivait chez les hommes, et avait même eu des enfants avec Kengyu. Cette nouvelle la mit très en colère; elle était jalouse de ce bonheur. 

« Je ne permettrai pas cela; ramenez immédiatement Orihimé! » ordonna-t-elle. Elle envoya des serviteurs, qui ramenèrent de force la princesse dans le monde des dieux. 

Kengyu et les enfants, restés seuls, étaient au désespoir et pleurèrent longtemps. Mais il ne sert à rien de rester à pleurer sans rien faire. Aussi un jour Kengyu prit-il une grande hotte, dans laquelle il installa les enfants, et la hotte sur le dos il partit vers l’est, au-delà de la voie lactée. Il marcha des jours et des jours, jusqu’à atteindre le bord de la voie lactée; mais chose étrange, là où aurait dû commencer la voie lactée, il n’y avait rien.

Où que Kengyu aille, la voie lactée se trouvait toujours plus loin. Afin de séparer Kengyu et Orihimé et de détruire leur amour, la déesse du mont Konron avait déplacé la voie lactée, pour qu’ils ne puissent pas se rencontrer. Kengyu et Orihimé versaient des larmes, de chaque côté de la voie lactée. 

Kengyu est les enfants rentrèrent chez eux, lançant des regards pleins de tristesse vers la lointaine voie lactée. Ils continuaient de vivre dans la tristesse, quand un jour une vache qui les avait pris en pitié leur dit : 

« Kengyu, quand je serais morte, fais une veste de mon cuir; si tu portes cette veste, tu pourras aller jusqu’à la voie lactée. » 

La vache rendit l’âme à l’instant. Kengyu, qui comprit que la vache était morte pour qu’il puisse rencontrer Orihimé, pleura de reconnaissance. Utilisant le cuir de la vache, il fit immédiatement une veste, la mit et portant sur son dos les enfants dans la hotte, partit vers la voie lactée. 

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Lorsque Kengyu et les enfants arrivèrent au bord de la voie lactée, les étoiles brillaient de tous leurs feux et le paysage était superbe. Kengyu, tout à la joie de retrouver sa femme, était aux anges, les enfants criaient « Maman! ». 

A ce spectacle, la déesse du mont Konron entra dans une terrible colère, et sépara la voie lactée en deux avec une épingle à cheveux, de façon à ce que Kengyu et les enfants ne puissent pas rejoindre Orihimé. 

De ce fait, la voie lactée enfla, enfla tellement qu’elle déborda. Kengyu et les enfants manquèrent de peu d’être emportés par les flots et de se noyer. Cependant, cela ne les fit pas renoncer. 

« Papa, si nous puisons l’eau et vidons la voie lactée… nous pourrons la traverser et aller rejoindre Maman! » 

Kengyu, ainsi que le proposaient les enfants, commença à puiser l’eau et écoper la voie lactée, puiser et écoper indéfiniment. Lorsque le père fut fatigué, sa fille le remplaça, lorsque sa soeur fut fatiguée, le frère la remplaça, à tour de rôle ils puisèrent et écopèrent sans relâche. 

La déesse du mont Konron, voyant ceci, leur dit : 

« Arrêtez de puiser l’eau de la voie lactée! A partir d’aujourd’hui, les enfants vivront à l’est, avec leur mère, dans le monde des dieux. Quant à toi, Kengyu, tu pourras rencontrer Orihimé le septième jour du septième mois de l’année. Une fois par an, une seule. Qu’il en soit ainsi! » 

Kengyu s’inclina devant la volonté de la déesse du mont Konron et la
remercia. 

Depuis ce jour, chaque année, le sept juillet Kengyu et Orihimé se rencontrent au sommet de la voie lactée, et chaque année ont lieu des retrouvailles émouvantes. 

De nos jours encore, l’été la voie lactée brille de tous ses feux, longue voie blanche dans le ciel. De chaque côté, brille une grosse étoile : Kengyu et Orihimé; à côté de Kengyu, brillent deux étoiles plus petites, ce sont les enfants.

Auteur inconnu

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Tanabata : les amours malheureuses de Kengyu et Orihimé